ARTICLE — Le régime de vérité pénale : quelle prégnance au fil du temps ? Une enquête dans les thrillers français, du xixᵉ au xxiᵉ siècle
Le 10 octobre 2023, le GREPEC recevait Françoise VANHAMME, professeure titulaire au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, pour une conférence intitulée « La justice pénale dans les romans, du XIXᵉ au XXIᵉ siècles ».
Voici l’abstract de cet article, disponible dans son intégralité via ce lien
Se situant dans la sphère de la criminologie culturelle, la présente contribution explore le processus d’enracinement, au fil du temps, du « régime de vérité pénale », selon lequel l’intervention étatique pénale est légitime, fondée et correspond à l’aspiration collective, et ce, au nom de deux motifs : sa pertinence et sa nécessité. Pour ce faire, elle explore un corpus de dix-neuf thrillers français fameux, publiés entre la seconde moitié du xixe siècle et le début du xxie siècle. L’approche considère un roman comme un terrain de recherche qui témoigne de représentations et préoccupations qui traversent l’espace public. En toile de fond, elle veut contribuer à interroger la place de la pénalité dans la régulation sociale des conflits. L’analyse montre une distance certaine entre les visions des auteurs consultés et le régime de vérité pénale, et permet de soutenir que, depuis l’avènement du système pénal contemporain, des doutes, préventions et critiques traversent avec force et constance l’espace public, affaiblissant de la sorte toute ambition hégémonique du régime de vérité pénale. Il en ressort aussi des logiques sociales de régulation susceptibles d’informer toute volonté de réforme de la pénalité.
Plus d’infos sur la revue Sociologie et sociétés, v. 57, no 1, Printemps 2025
La sociologie à l’épreuve du vide
La sociologie a constitué un savoir d’une grande richesse en développant une approche du social à partir de ses « pleins » : représentations, dispositions, actions, systèmes, structures ou institutions. Mais qu’advient-il lorsque ces pleins font défaut dans les données d’enquête ? Quel regard porter sur les situations de non-action, celles où ne s’expriment ni sens visé, ni engagement, où aucune disposition ne semble s’activer, où aucun système d’action cohérent ne se laisse saisir ? L’hypothèse de ce numéro de Sociologie et sociétés est que les sociologues tendent soit à minorer l’importance de ces vides dans la vie sociale, soit à les réduire à de simples défauts du social. Comme si la sociologie ne s’était pas encore véritablement saisie du « vide » comme objet d’étude à part entière. Les contributions réunies ici proposent de réexaminer la place du vide dans le social selon deux perspectives : d’une part, l’analyse des expériences que les acteurs décrivent eux-mêmes comme vides (d’action, de sens, de normes ou d’ordre) et des méthodes d’enquête qu’elles impliquent ; d’autre part, une réflexion sur les langages et les concepts permettant d’appréhender ces vides, en révélant la pluralité et la richesse du regard sociologique en la matière.
